En France, les seuls autocollants ambulants qu’on a sont pour clamer son amour de la Bretagne ou de Groland. En revanche, ils sont beaucoup plus inventifs et variés outre-Atlantide.
Si nos bagnoles pouvaient parler, elles ne baragouineraient pas de la poésie mais des slogans politiques, militants ou simplement insultants. Et elles le peuvent. Pas par le biais des klaxons améliorés, mais par celui d’autocollants pour pare-choc arrière.
Le bumper sticker, rectangle de 7×25 centimètres, est là pour crier au conducteur qui nous suit qu’on n’est pas comme lui ou que Jésus va le sauver ou qu’il roule trop près de nous. Si cette tradition un peu beauf n’est jamais arrivée jusqu’en France, c’est parce que nous n’avons presque pas de soldats qu’il faut rapatrier, et qu’on n’est pas spécialement férus de Dieu ou de pop culture au pays des Lumières.
Fumeurs de chichon et fous de Dieu
Ode à l’individualisme forcené au même titre que les t-shirts à message — même si 200 000 conducteurs ont le même —, les bumper stickers s’adressent à tout type de conducteurs : démocrates libéraux, conservateurs, fumeurs de chichon, fous de Dieu, défenseurs de l’avortement… On en trouvera toujours un qui nous correspond. Ces autocollants représentent tout ce que l’Amérique comprend de plus cool (chat de Schrödinger même s’il était Allemand, féminisme, etc.) et de pire (peur de l’immigration, intolérance, peine capitale…)
Le bumper sticker le plus approprié restera tout de même celui qu’on écrit soi-même. Cependant, exposer son point de vue à la vue de tous sur des sujets sensibles n’est pas sans risque. Et si un gaucho allumé décidait de crever le pneu d’un plouc redneck parti acheter ses pornos dans une station-service parce qu’il a un autocollant anti-immigration sur le cul de son 4×4 ? (Comme « C’est la frontière, idiot », « Se habla « rentrez chez vous » aqui », « Les Mexicains sont des travailleurs sérieux ? Alors pourquoi ils ne travaillent pas sérieusement pour améliorer le Mexique ? ») Et inversement, et si un bigot brisait la vitre d’une militante des droits de homosexuels (« J’aime mes mamans lesbiennes », « Les hétéros ne me dérangent pas, tant qu’ils agissent en homo en public ») ?
En attendant, si vous en voyez un sur l’autoroute, ne louchez pas trop dessus au risque de vous emplafonner dedans !


